
LdZ observait le manège de l’homme avec amusement tout en considérant la façon dont Saelle manipulait son arme avec professionnalisme. D’un mouvement vif de la main, elle la rangea dans un holster entre ses reins. Ne sachant trop où mettre le sien, il fit comme sa partenaire, le holster en moins…
Ldz décelait bien quelque chose de malsain chez cet homme mais il n’aurait pu clairement en déterminer l’origine. Il s’adressa à Saelle sans quitter l’homme des yeux qui balayait maladroitement une mèche de cheveux grasse gênant sa vue.
- Vous savez utiliser ce genre d’arme ?
- Oui Capitaine
- Impressionnant ! Et ça qu’est ce que c’est ?
- Ah ça… Ce sont des capsules au phosphore, pour aveugler ou…
Saelle croisa le regard de LdZ très excité par tous ces équipements qu’elle prenait tant au sérieux. Elle vit dans ses yeux la malice caractéristique de l’officier qui cherchait la faille pour un commentaire assassin. Elle commença à rougir devant le sourire insistant de LdZ puis se tourna vers le petit homme.
- Raphael ? La combi ?
- Oui bien sûr Mademoiselle Saelle
L’homme repoussa la mèche de cheveux grasse qui lui retombait sans cesse devant les yeux tout en observant les deux officiers de la Takagi Corp avec un sourire indécent… Il s’exprimait d’une voix mielleuse et ponctuait chacune de ses paroles par un petit bruit de succion qu’il faisait avec ses lèvres. Il se retourna et chercha dans une caisse avant d’en sortir une sorte de combinaison moulante sombre.
- Et le contrat est toujours actif ?
- Oui bien sur Mademoiselle Saelle
Saelle attrapa la combinaison et la tendit à Ldz
- Mes chargeurs Raphael s’il te plaît
- Oui mademoiselle…
S’adressant à Ldz sans même écouter le petit homme :
- Tenez… mettez ça
LdZ examina la combinaison dans ses mains, toujours le même sourire aux lèvres.
- Ah… une combinaison de super héros, j’adore !
C’est un peu ça oui mais c’est une combinaison NPcSA, c’est… C’est perso mais ça s’adaptera à ton, votre corps. On a pas trop de différence de taille. C’est… un truc qu’on m’a offert alors je veux que vous le portiez pour… Euh… Hum…
Elle ne put s’empêcher de sourire. Devant le regard interrogateur de son compagnon qui l’incitait à poursuivre ses explications. Elle reprit son sérieux puis commença son explication en faisant de grands gestes des mains tout en essayant d’imiter la voix du Docteur West.
- C’est un tissage de Nano Polymères complexes de type 3C6, bien sur les 3C4 sont présents aussi mais juste en petits nombre, c’est pour la taille justement. Les 3C5 ont été modifiés ce sont des 3C5O-, ça permet les captations d’oxygène entre autre mais ça sert aussi à charger les capteurs de composés… ça sert à maintenir en catalepsie aussi au cas où… Et… Les NPC sont… Les Nano Polymères Complexes, c’est pour ça Npc… Les Npc donc sont enchevêtrés dans des cellules à structure adaptive, euh des mutants en fait, il les a cultivé lui même, c’est du travail d’orfèvre et… Hum… Ca change les propriétés de la combinaison…
Elle reprit la combinaison entre ses deux mains qu’elle tira de chaque côté pour offrir un maximum de tissu tendu à la vue de Ldz.
Voilà, frappez de toutes vos forces Capitaine.
Souriant, LdZ commença par sautiller sur place en détendant tous les muscles de son corps puis renifla deux fois. Il donna un petit crochet rapide sur le carré de tissu tendu devant lui. Il arrêta net le sautillement de ses jambes quand son poing percuta le tissu. Il entoura son poing comme s’il venait de frapper dans un mur. Ce qui était le cas… Saelle éclata de rire.
- Eh ça fait mal !
***
Elle se tourna vers son écran de communication en fronçant les sourcils.
Un homme, lissant de temps en temps une mèche de cheveux grasse qui retombait sans cesse devant ses yeux, releva la tête et offrit un large sourire à Lamain.
Lamain lui rendit son sourire, les dents abîmées en moins.
- Quel plaisir de vous revoir… Partenaire…
L’homme avait une voix mielleuse à souhait qui hérissait la plupart de ses clients. Mais curieusement, Lamain semblait insensible à ce genre de détail.
- Partenaire ?
Lamain éclata de rire
- Un entremetteur (elle désigna l’homme du doigt), un client (elle leva son autre main, découvrant un petit appareil clignotant) et euh …c’est tout…
L’homme garda le silence quelques instants puis reprit après un soupir.
- C’est G141
- G141…d’accord mais euh pourquoi elle passe encore par un Trauma Emergency ?
- Parce que vous lui avez toujours donné satisfaction Mademoiselle ! Et c’est vous la plus proche du lieu d’extraction.
Lamain jaugea l’entremetteur avide de toucher sa commission.
- Raph, nous appartenons à la même corporation désormais, elle n’a plus besoin de passer par…
Se ravisant, Lamain sourit à l’homme… Elle lui accorda un signe de la tête indiquant qu’elle prenait les choses en mains.
Elle coupa net la communication et téléchargea les coordonnées avant de faire chauffer les moteurs du Décalion.
***
Raphael lâcha un juron. Il détestait ce qu’elle faisait à chaque fois, couper la communication sans prévenir…
C’était ainsi qu’il gagnait sa vie le bougre, il mettait en relation des personnes qui ne voulaient pas savoir… Et ça payait bien. La balise de Lamain recevait régulièrement des appels. Selon la clientèle choisie, le petit homme mettait en relation le récupérateur et le client en vendant les coordonnées du dernier au premier. Investissement zéro bénéfice total. La majeure partie sont des petits contrats rondement ficelés concernant des maris infidèles qui veulent disparaitre, des transporteurs mémoriels qui ne peuvent pas cloner, etc. Pour Saelle et Lamain, c’était particulier… Bien sur, elles sentaient toutes deux l’agent fédéral à plein nez, mais pourquoi utiliser un service parallèle alors que la FIO devait pouvoir offrir des clones sans risque à ses agents ? Cela l’avait toujours titillé mais l’appât du gain avait toujours réussit à calmer sa curiosité. Et puis des agents… pensez donc, il fallait tromper l’ennemi alors pourquoi pas…
Il surveilla son wallet quelques instants, puis consulta diverses données sur le Market. Il passa deux bonnes heures à gérer ses affaires avant que son wallet ne lui donne confirmation de la transaction. Il eu une pensée pour Lamain…
Mais cette fois, le récupérateur avait lâché une info… à demi mots… La phrase tournait dans la tête de l’homme sans cesse comme un serpent qui s’enroulait autour de son corps en l’étreignant : “Nous appartenons à la même corporation…” Trois membres de la Takagi Corp en Deux jours, ça allait faire du bien au wallet… Il se mordit la lèvre inférieure un moment perdu dans ses pensées…
Finalement, il se décida et lança une nouvelle communication avec l’un de ses nombreux contacts…
Lorsque l’écran s’illumina sur le visage grossier, Raphael afficha son sourire commercial en accentuant sa voix mieleuse :
- Monsieur Boris, veuillez me pardonner cette intrusion, mais j’ai là une information qui pourrait bien… vous intéresser…
***
Lamain retira son casque et l’accrocha à sa ceinture. Elle approcha du corps sans vie et se pencha timidement pour constater les dégâts. Elle s’accroupit, le fit basculer pour mieux l’examiner.
La combinaison EV était totalement déchiquetée. Instinctivement, elle essuya la visière de son casque pour détailler son colis.
Comme prise de panique, elle porta son poignet à hauteur des yeux afin de déchiffrer les données de sa montre-scanner. Semblant satisfaite des données lues, elle retira précipitamment son casque et le posa au sol. Elle revint sur son colis en lâchant sur le ton de la déception :
- Pffff c’est pas mon colis ça ! Qu’est ce que c’est que ce foutoir ?!
Elle attrapa le menton du Capitaine LdZ, tourna son visage côté droit, côté gauche, puis côté droit encore et enfin côté gauche…
- Elle n’aurait quand même pas fait une opération de chir…
Soudain, le corps de LdZ fut pris de spasmes sous l’effet d’une toux qu’il ne parvint pas à arrêter de suite.
- Euh trois!
- Trois ?
- Oui trois…
- Mais trois quoi ?
- Euh… Trois côtes fêlées ou cassées.
- Ouh Youh !… Elles sont si moches que ça ? !
Il tenta de se redresser mais Lamain le retint instinctivement en écartant les lambeaux de tissus du torse de l’officier.
- Zut, mon secret est éventé… Oui, j’avoue, je suis un super héros… ce qu’il m’a mit le salop !
La douleur l’empêcha de rire à gorges déployée. Il vit Lamain qui l’observait un grand sourire illuminant son visage
- Hum Ldz, euh tu n’aurais pas vu mon colis?
- Ah navré, mon brushing est pas parfait là, je sais pas de quel colis tu parle mais là c’est bien moi !
- Euh non tu peux pas être mon colis, y a une erreur là!
LdZ posa sa main sur son torse, palpa la combinaison à plusieurs endroits, elle n’avait rien, pas une égratignure, pas une éraflure. Il se remémora les explications confuses de Saelle et se massa les phalanges de la main en souriant.
Il secoua la tête comme pour chasser les souvenirs qui lui revenaient. Il observa sa main, serra le poing plusieurs fois puis vit l’Aspirante Lamain qui s’éloignait calmement. Il la vit farfouiller sur les côtés du corridor dans un fatras de tôle déformé et d’appareillages électroniques gisant au sol.
- Je suis un super héros !
- Trois
- Ah oui trois mais tout de même ! Mais au fait comment se fait il que…
- Elle a activé la balise Trauma
- Tu travailles en Trauma Emergency Lamain ?
- Euh je vois pas de quoi tu parle…
- Mais…
- Ah la voilà !
Lamain ramassa un petit objet qu’elle brandit à son supérieur en signe de victoire. Une petite carte électronique visiblement brisée.
- Bon ben euh d’accord, c’est toi mon colis.
Ldz reconnu l’objet immédiatement et remercia Saelle intérieurement d’utiliser ce genre de gadget : un déclencheur Trauma Emergency. Une balise de secours, un appel à l’aide, un SOS. Et celui là sonnait chez Lamain… Saelle !
- Merde Où est Saelle !?
C’est alors qu’au même endroit, comme un cauchemar qui se répétait, l’homme en combinaison bleue marine réapparu. Ldz eu un mouvement de recul instinctif, sa poitrine lui rappelant la douleur endurée quelques heures plus tôt.
Lamain tentait de comprendre ce qui faisait reculer le Commandant et lorsqu’elle vit ce qu’il fixait du regard, elle comprit que son colis était en danger.
Il ne fallut pas longtemps non plus au gros Boris pour analyser la situation. Son informateur avait tardé ou la bougresse avait fait diablement vite. Le résultat restait le même, malgré l’avertissement grassement payé, les renforts étaient arrivés…
Boris sorti son arme, vif comme l’éclair, et commença à arroser copieusement la zone où se trainait encore Ldz.
Lamain avait bondit près du Capitaine qui se relevait en offrant le moins possible son corps au tirs de son assaillant. Pendant son déplacement elle avait jeté une poignée d’objets sphérique qui roulaient, mus par une force inconnue, vers le Gros Boris.
Les coups de feu cessèrent une fraction de seconde, Boris avait décelé les sphères qui continuaient leur course folle vers lui et tentait de comprendre ce qui lui arrivait dessus. Désormais acroupi, Ldz vit passer au dessus de lui, telle une panthère bondissante, l’Aspirante Lamain qui fonçait vers l’homme en combinaison bleue. Dans l’une de ses mains, on apercevait un objet métalique court qui brillaient par intermittences au grès des éclairages.
Les nanomachines sphériques, atteignant leur cible, commencèrent leur ronde folle autour des pieds de Boris. Chacune à leur tour, elles attaquèrent les pieds de l’homme qui, bien que ne comprenant toujours pas à quoi il avait à faire, commença à pousser de petits cris de douleur mêlés de surprise puis d’horreur. Les nanomachines, à chaque assaut, découpaient un peu plus les chairs du gros Boris, iInlasssablement, sans répis. Il commença à tirer sur les sphères tournoyantes en vain, celles ci demeuraient bien trop rapides. Sans qu’il ne s’en rende compte, Lamain était déjà sur lui. Elle l’agrippa au col d’une main et d’un mouvement fluide de l’autre, provoqua une giclée de sang au niveau de sa gorges.
Le gros Boris, toujours concentré sur l’action des nanomachines sur ses pieds, lâcha un gargouillis immonde que personne ne pu comprendre avant de s’écrouler au sol, inerte.
Abasourdi, Ldz approcha rapidement en gardant un oeil inquiet sur les sphères qui s’étaient immobilisées. Comme pour elle même, Lamain annonça :
- Colis sauvegardé…
- C’est pas mal non plus comme taf.. Colis de Lamain…
***
Elle vit la silhouette s’approcher encore… encore… comme un holoreel bugué répétant sans cesse la même scène folle… Sa respiration s’accentua et son rythme cardiaque s’accéléra. Elle n’en pouvait plus, il fallait que cela s’arrête… Procédure B9T ! Procédure B9T ! PROCEDURE B9T !
Elle entendait sa propre voix hurler dans son crâne. Personne d’autre ne l’entendait. Ses lèvres demeuraient hermétiquement closes, fondues entre elles par une large bande de plastiskin, qu’on ne pourrait plus jamais retirer sans déchirer les chairs.
A nouveau, sous l’effet de sa respiration trop forte, elle senti le liquide visqueux la démanger. Non… Pas encore… Il aurait fallu qu’elle redresse la tête mais sans qu’elle n’en comprenne vraiment le pourquoi, cette opération lui était impossible. Une douleur aigue à l’arrière du crâne, une force qui l’empêchait ne serait ce que de tourner la tête, la dissuadait d’effectuer tout mouvement. Le sang commença à affluer dans ses narines. Sa respiration incontrôlée provoqua ce qu’elle redoutait… elle tenta d’expulser le sang en une fois mais elle ne pouvait s’empêcher d’inspirer, le manque d’oxygène était trop grand et les battements de son coeur allaient crescendo, somme si son corps appréhendait ce qui se passait. Dans un bruit de gargouillis son nez commença à rougir sous les projections de sang.
La forme trouble était toute proche désormais et une voix caverneuse s’adressait à elle. Sa respiration et son coeur s’emballaient, ses narines se bouchaient systématiquement après chaque inspiration d’air rendant encore plus paniqué les respirations suivantes. Elle tenta encore d’ouvrir la bouche ou de bouger la tête, en vain.
Subitement un picotement au bout des doigts calma sa respiration, le picotement s’étendit à toute sa main, puis au poignet. Quelquechose de chaud atteignit sa joue, sa vue se troubla encore. Le plafond éclairé au néon de fortune commença à se pencher lentement puis il bascula rapidement, elle était dans le noir : sa paupière s’était refermée. Elle était en train de s’évanouir…
Par le fin tuyau inséré entre ses lèvres fondues, un liquide froid et pateux arriva encore et rempli sa bouche inexorablement jusqu’à ce qu’elle pense à l’avaler au lieu de s’étouffer… Elle avait froid, elle sentit ses membres trembler.
Voilà elle y était ! Enfin ! La crise d’épilepsie salvatrice… Procédure B9T !
Son corps fut pris de spasmes incontrôlables. La douleur derrière son crane devint insupportable. Son oeil fuyait la silhouette désespérement, la peur gagnait du terrain. Quelquechose en elle savait. Saelle comprenait que son corps tentait de lui communiquer les informations nécessaire à la gestion de la douleur, mais elle restait incrédule et ne voulait les accepter. Elle ne pu réfrener une larme de son oeil tuméfié quand la silhouette exhiba une main ensanglantée, sa main droite tranchée net, qu’elle sentait pourtant encore et qui la démangeait terriblement… Curieusement elle fut soulagée et cela se manifesta dans son regard fuyant. Elle referma la paupière un instant mais cette fois volontairement. Elle entendit un rire en écho. Lorsqu’elle ouvrit a nouveau l’oeil, tout allait toujours au ralenti, trouble et nauséeux, la silhouette était toujours là, toute proche.
Le Docteur Murata, les dents jaunes et les joues couvertes de sang, lui concéda un sourire de compassion. Sa main droite avait tant souffert depuis le début de cette séance de torture qu’elle aurait voulu lui rendre son sourire, le remercier de lui avoir retirer l’extrémité de son membre endolori et désormais sans vie. Mais elle ne pouvait s’exprimer que par des sons de gorges que le docteur ne semblait ni apprécier ni comprendre. Elle ne se souvenait pas de toutes les opérations que sa main avait subit : les ongles arrachés, les phalanges cassées, les composés acides déversés sur des plaies ouvertes, etc. Mais en la voyant, son coeur s’était soulevé.
Le docteur sorti son scalpel de sa poche et s’apliqua d’un seul trait à ouvrit les lèvres de Saelle. Un jet de sang atteignit sa blouse, ce qui le fit sourire. Une masse informe et liquide s’écoula des lèvres tranchées de saelle. Tandis qu’elle aspirait gouluement de l’air par la bouche, haletante, elle prit la peine de murmurer un mot pour le docteur.
- … Merci…
- Je sais… Je sais que Boris est un peu rustre, et il n’a pas les bons outils voyez vous ? C’est un basique, il aime les sensations primaires. Bien sur c’est respectable. Oui ! C’est efficace. J’avoue avoir grandement apprécié son travail avec vos doigts très chère mais les outils… ah les outils ! Ils ouvrent d’autres perspectives… Et cette façon qu’il a de vous humilier dans votre intimité ? N’est ce pas ? Incomparable ! Incroyable ! Un régal. J’espère sincèrement que vous en garderez un souvenir imperissable, de ceux qui vous hantent dans vos pires cauchemars. Oh oui il est si… basique…
Il s’écarta d’un mètre pour avoir une vue d’ensemble sur sa victime. Il se gratta le menton puis aprocha rapidement. De son scalpel toujours, il découpa le tissus rougit par le sang qui habillait le torse de Saelle. Son regard s’illumina comme un enfant émerveillé.
- Grand dieu ! Foutre de… Comment avez vous pu cacher cela ?! Qui a osé vous faire cette… Cette merveilleuse balafre entre vos seins !
Il sembla un instant rentrer dans une rage folle. Il jeta son scalpel au sol et tappa du talon comme pour exprimer sa rage et sa colère. Il se figea, perdu dans ses réflexions. Puis se rapprocha encore, toucha du bout des doigts la cicatrice ancienne et hideuse qui barrait le torse de Saelle. Il semblait à la fois en proie à la colère et à l’admiration, son visage était torturé entre ces deux expressions.
- Grand dieu ! Boris ! BORIS ! Il va adorer… Ahhh grand dieu ! Mais qui donc est le génie qui vous a immortalisé de cette cicatrice si… majestueuse ! Qui ?
S’arrêtant soudain, la main tremblante, il posa deux doigts sur la pommette ensanglantée de Saelle. Il s’approcha de la plaie tuméfié derrière laquelle devait encore se trouver l’oeil droit de saelle avant d’ajouter
- Ahhh celui ci tourne mal. Nous allons arranger ça pour vous permettre d’y voir a nouveau. Je vais vous enlever ce vilain hématome.
Un crissement désagréable se fit entendre et lorsqu’il se redressa, le Docteur Murata avait à nouveau entre ses mains son scalpel sanguinolent. Il commença à s’activer sur la pommette de Saelle, lardant la chair tuméfiée de coup de scalpel, libérant petit à petit l’oeil obstrué. Comme pour faire la conversation il reprit :
Cette main vous vous souvenez n’est ce pas ? Mais si voyons… Allons Très chère, faites un effort… Pardon ? Je ne vous entend pas, parlez plus fort…
Ce que le docteur prenaient pour des paroles, des murmures, n’étaient en fait que de faibles gémissements qu’elle ne contrôlait plus. L’expression de son corps signalant la douleur qu’elle subissait sous l’effet du scalpel.
Oui ! OUI ! C’est la main avec laquelle vous m’avez giflé dans cette rue ! Hélas très chère, j’ai la rancune facile voyez vous ?
Tout en discutant, Murata mettait la chair autour de l’oeil de Saelle a nue, libérant ainsi le champs de vision de la jeune femme pensait il. L’oeil désormais visible était complètement rougit, injecté de sang, et semblait inerte dans une direction fixe.
Un coup de feu lointain retentit.
Le docteur se redressa, soupira un long moment puis s’adressant à lui même
- Boris… Boris… Boris… tssss… Primaire… Ne vous inquietez pas ma chère nous allons vous garder bien éveillée. A vrai dire nous en avons terminé n’est ce pas ? Boris ?! Boris ! BORIS !
En entendant le prénom maudit, les souvenirs se mélangèrent à la réalité. Elle perdit pied, ne distinguant plus le réel du mémoriel… et ce putain d’implant qui n’était plus fonctionnel… Comment survivre aux émotions… Comment supporter l’insoutenable…
Les souvenirs se superposèrent à la réalité, elle ne savait plus distinguer l’un de l’autre… Boris… L’oeil valide de Saelle continuait toujours des aller-retour frénétiques, affolé, tentant de comprendre son environnement. Borris apparut par intermitences, son visage grossier contre le sien. Elle reconnu l’odeur acre de sa transpiration envahir ses narines. Petite connasse…
Et Murata qui éclatait de rire en découpant ses chairs inlassablement.
Borris… Toujours apparaissant fugacement, grimaçant et suant, crachant sur son visage en l’insultant. Une chaleur insupportable brulait ses chairs entre ses cuisses. Petite connasse, petite connasse…
Et Murata qui jouait avec la main tranchée sur son viage.
Borris, qui hurlait en bavant de plaisir et tentait de l’étrangler, continuait sans cesse ses aller retour douloureux l’insultant copieusement… Petite connasse… Petite connasse…
Et Murata qui hurlait de rire si fort qu’elle en devenait sourde. Si fort, trop fort…. Un instant, le silence s’imposa, avant que la tête du Docteur ne disparaisse dans un nuage rougeoyant.
Un silence cérémonieux s’était installé. L’oeil affolé de Saelle ralentissait sa course, comme rassuré, il se fixa sur un visage trouble, un nouveau visage, familier, rassurant, si rassurant !
***
Ldz, suivi de Lamain, observait la scène depuis moins de quinze secondes… Il était abasourdi par l’horreur du spectacle du Docteur Murata. Parlant sans cesse, bruyant, tonitruant, son monologue s’adressait à Saelle à n’en pas douter. Ldz approcha rapidement de l’homme, le pas déterminé. Son visage affichait un rictus de dégout à la vue du Docteur. Sa main alla chercher son arme dans son dos. D’un mouvement lent et précis, son bras décrivit un arc de cercle vers l’avant pour finir sa course aligné sur le crane du pseudo scientifique. Le rire de l’homme fut étouffé par le bruit de la détonation. Le crane du docteur explosa littéralement comme un fruit trop mur.
Ldz resta quelques secondes le bras tendu, l’arme à feu toujours dirigé vers l’endroit vide où se tenait le boucher quelques instants plus tôt. Les yeux fixés sur Saelle, sa respiration s’arrêta le temps que sa vue accepte le tableau qu’elle devait analyser. L’oeil de Saelle le fixait avec insolence, il repartait puis revenait sans cesse comme pour s’assurer qu’il voyait bien l’homme si proche d’elle, vivant.
Les lèvres de LdZ furent prises de tremblements incontrôlables. Il voulu la prendre dans ses bras ou lui parler pour la rassurer mais il restait tétanisé. Et quand bien même, à la vue de ce corps torturé, comment aurait il pu la serrer dans ses bras sans la faire souffrir…
Lamain l’obligea, doucement, à baisser son arme. Et d’un mouvement calme, elle approcha du siège chirurgical où Saelle était attachée. Lamain vit à certain endroits la chair percée par des visseries énormes. Elle murmura quelques mots à l’oreille ensanglantée de Saelle… Quelques mots qui se transformèrent en mélodie calme et lancinante.
- Tout va bien… Nous rentrons… All the things I used to see… All my lovers were there with me… All my past and futures… And we all went to heaven in a little row boat… There was nothing to fear and nothing to doubt…
Ldz Observait la scène toujours immobile. Lorsque Lamain commença à fredonner l’air familier, il vit l’oeil de Saelle le fixer. Bercée par le chant de Lamain, il cru l’entendre crier, hurler de détresse. Le liquide lacrymal apparu en masse avant de couler le long de sa joue.
D’un mouvement calme, Lamain aposa sur la peau de Saelle une seringue hyppodermique qui délivra dans son organisme une quantité importante d’anesthésiant. L’oeil de Saelle ne cessait de fixer Ldz.
Quelques minutes plus tard, la respiration de Saelle s’était définitivement calmée et son coeur battait à un rythme serein et lent.
Il vit la paupière de Saelle se fermer un long moment et il cru déceler comme la naissance d’un sourire sur ses lèvres complètement déchirées et cisaillées.
Ldz s’approcha et se mit à genoux pour aider à dégager les sangles de la chaise. Délicatement il souleva l’un des pieds de Saelle pour finalement se rendre compte que le genou le supportant était littéralement cloué sur la chaise chirurgicale. Sa main se mit à trembler et il reposa lentement le pied avant de faire un signe de tête à Lamain. En détaillant le reste du corps de Saelle, Ldz ne pu s’empêcher de lacher un juron d’une voix étranglée.
- Je… Il faut la cloner… Elle n’est pas transportable…
Ldz parlait d’une voix étrange, résignée, grave. Lamain répondit sans même se retourner.
- On ne clone pas G141 euh on doit la ramener avec… ses implants, c’est une des clauses… du contrat.
- C’est moi ton colis non ? Ta clause ne s’applique pas pour… c’est un ord… laisse tomber…
- Je ne vois pas de quoi tu parles. Elle n’a pas mal là. Aide moi.
Sans arrêter de s’affairer doucement autour de Saelle, dégageant un à un, délicatement, les membres de la jeune femme, Lamain fredonna la même chanson encore tandis que Ldz, le coeur serré, commençait à détacher avec précaution le genoux de Saelle de sa chaise de torture.
***
Ils étaient tous trois rentrés à bord du Décalion dans une ambiance grave et cérémonieuse. Tout le long du voyage, Ldz maintenait Saelle dans ses bras, sentant son souffle court et lent rythmer les battement de son coeur. Parfois son corps était pris de tremblements incontrôlables. Lamain lui expliqua qu’il fallait lui parler, la rassurer, que le mieux encore était de lui fredonner une chanson, ça calmait bien les crises… Ldz après un temps d’arrêt s’éxécuta et murmura des mots à l’oreille de Saelle, ce qui eu pour conséquence l’éffet escompté.
Une fois amarés, Lamain lui intima l’ordre de quitter le Décalion avant de redécoller aussitôt et de disparaître précipitamment. Une équipe médicalisée arriva rapidement sur les docks ; Ldz déposa Saelle dans un brancard automatisé qui se referma sur la jeune femme en commençant le diagnostique.
Le lendemain après de multiples examens, LdZ sortait enfin des salles d’examen du Docteur West. Trois côtes fêlées, il s’en sortait bien…
Il vint devant la vitre de la chambre de Saelle, le docteur West était également présent observant le déroulement des opérations. Deux infirmières surveillaient leur patiente et manipulaient une machinerie médicale complexe qui reconstruisait les chairs abimées.
Ldz observa le ballet des bras médicalisés un long moment puis tourna la tête vers le docteur West en parlant à voix basse.
- Comment peux t on supporter…
- Je ne sais pas Capitaine. Mais c’est ce qu’elle a choisit, elle veut se souvenir de tout ce qu’elle vit même si son corps doit en porter les stygmates… Mais rassurez vous , je n’ai jamais signé aucun document stipulant que j’obéissais à la lettre à ces voeux…
Ldz resta silencieux, ne trouvant aucun mot pour exprimer ce qui tournait dan sa tête. Le Docteur West reprit
- Capitaine, je vous serez gré d’être convaincant lorsqu’elle vous le demandera.
- Convaincant ?
- Oui convaincant pendant que vous lui déclarerez sur un ton rassurant qu’elle n’a jamais perdu la main. Pour son oeil, j’ai fait ce que j’ai pu eu égard à ses refus silencieux de lui en cultiver un autre…
Ldz Acquiesça de la tête sans rajouter un mot de plus.
Quelques jours plus tard, sortie des services du docteur West, Saelle arpentait à nouveau, en boitant légèrement, les couloirs de la Takagi Corp en sirotant un quafe. Comme d’habitude, comme si rien n’avait évolué, on la croisait en souriant, on la croisait en la saluant, mais quelque chose avait changé dans son attitude. Outre les quelques séquelles encore visibles, elle gardait obstinément le silence, son oeil valide fixé vers sa destination.
Plus tard, Ldz et Saelle se croisèrent à la sortie d’une salle d’étude. Devant le regard médusé de plusieurs aspirants, ils échangèrent un long regard. Un son sec et claquant fit sursauter Saelle qui chuchota alors un mot qu’aucun n’avait pu entendre en dehors de Ldz. Celui ci lui offrit en réponse son sourire le plus sincère, sans un mot. Les rumeurs et ragots allèrent bon train ; on parla de baisers volés dans les couloirs, de liaison interdite par l’Amiral en personne, des penchants lubriques de l’Officier pour les jeunes filles inexpérimentées, ou encore de la façon inhabituelle dont il s’était tenus les mains à la sortie de la salle d’étude. Cette dernière rumeur fut la seule avérée pour les observateurs mais aucun des deux acteurs n’aurait pu le confirmer puisqu’ils ne s’en étaient pas aperçus.
Le lendemain, Ldz avait fini d’analiser les données vidéo du pseudo docteur Murata. Le boucher avait tout enregistré et bien qu’ayant vu le résultat sur Saelle, Ldz ne put accepter la vision de certaines scènes tout bonnement insupportables. Durant les longues heures de tortures, le Docteur Murata était entré en communication avec plusieurs personnes. On entendait clairement la restitution audio de certaines conversations au loin et il ne faisait aucun doute que le piège tendu à Saelle était en rapport avec Wolf Storm. Quant à Tess, son calvaire, filmé également, avait été le même que celui de Saelle, si ce n’est qu’elle n’avait pu espérer un seul instant s’en sortir dignement. Elle avait également été torturée mais avait réussi à se donner la mort pour abréger ses souffrances.
De ce qui était intelligible, Ldz comprit que Wolf était retenu prisonnier quelques part en empire et qu’un certain Monsieur Glaims était à l’origine de tout ceci. Vu les pratiques particulières des ravisseurs des deux jeunes femmes, le pire restait à craindre pour Storm. Saelle était soit disant détentrice d’une information cruciale pour ses tortionnaires concernant Wolf Storm mais elle n’en avait pas conscience ou alors n’avait jamais lâché l’information voulue. Tout ce qui ressortait des enregistrements concernait un homme que Saelle s’obstinait à définir comme étant le frère décédé de Wolf Storm. Visiblement le docteur Murata semblait bien au courant d’une sorte d’héritage provenant d’Alex Storm et que Tess aurait confié à Saelle.
Etant donné l’importance des indices découvert, LdZ tenta de voir l’Amiral Shinji Takagi mais ce dernier restait insaisisable et ses appels sur Neocom étaient systématiquement rejetés. Il avait été vu pour la dernière fois en compagnie d’une jeune femme très belle, selon les dires de quelques officiers, avant de se diriger vers son bureau et de s’y enfermer, en refusant qu’on le dérange.
Une heure plus tard, un appel à tous les officiers les invitait à rejoindre la salle de briefing A02 pour une allocution de l’Amiral. Sur le chemin, au détour d’un couloir, Ldz retrouva Saelle qui se dirigeait également vers la salle de briefing.

Remerciements à Doc West, Lamain et Ldz
pour leur participation.